LA RECONCILIATION NATIONALE

Le peuple de Congo, a l'instar des autres peuples du Tiers - Monde, veut l'indépendance réelle contre la colonisation ou la recolonisation ; il veut la libération contre la domination impérialiste ; il veut la transformation profonde des rapports sociaux qui empêchent la réalisation de la justice sociale. Tous ces vouloirs, pour être satisfaits, exigent l'unité politique du peuple. Celle-ci est entravée par la dictature et le conflit au sein de la classe politique autour de la direction que doit prendre le pluralisme politique introduit depuis 1990.

Deux tendances semblent traverser la classe politique :

Celle peu enthousiaste à la démocratisation et celle qui lutte pour l'édification d'une société démocratique. Il s'agit de réconcilier ces deux tendances en vue de l'acceptation et de l'instauration d'une vraie démocratie dans la tolérance et la compréhension mutuelle.

Pendant longtemps, l'unanimisme imposé et entretenu par la répression considérée comme méthode de Gouvernement, a été l'un des ressorts de la gestion du politique au Zaïre. Dans les mains des dirigeants alliés aux ennemis étrangers du peuple, la gestion du politique a conduit à la peur politique, l'insécurité, à la division profonde du peuple, à la perte de la confiance mutuelle des uns envers les autres et à la misère. La multiplication des organes d'intermédiations (pluralisme politique, syndical et autres organisations de masse ; etc.) a été perçue comme une menace à un système caractérisé par l'exercice solitaire du pouvoir et à l'hyper valorisation du Chef.

La résistance contre cette gestion politique – minoritaire d'abord mais présente pendant tout ce temps – s'est développée considérablement avec le bouleversement de la conjoncture mondiale à partir de 1989.
Ceci a donné naissance à la multiplication et à l'intensification des mouvements sociaux exigeant de plus en plus la démocratie. Par son discours du 24 Avril 1990, le Président MOBUTU sera forcé de reconnaître publiquement cette exigence. Les mœurs issues de l'exercice dictatorial du pouvoir ne disparaîtront pas pour autant. La difficulté qu'éprouve la classe politique de s'entendre sur la mise en application de la démocratie en est une conséquence.

Pour gagner par persuasion toute la classe politique à la cause de la démocratie véritable, le peuple exige une réconciliation nationale pour mettre fin à ces mœurs qui empêchent la culture démocratique de naître et de se consolider. Il s'agit de reconnaître publiquement la nécessité de pourvoir la gestion démocratique du politique et l'abandon intégral des mœurs répressives.

Pour maîtriser cette question fondamentale, le recours à plusieurs cadres conceptuels et références historiques a été nécessaire. La parole de Dieu sur la réconciliation, les leçons sur la résolution des contradictions, les principes de la palabre communautaire africaine, l'analyse de classes, l'étude des tendances de la mondialisation de capital aboutissant à la crise de l'Etat – Nation et les exemples historiques de réconciliation nationale au Congo et ailleurs ont été interrogés. Cela a permis de cerner de façon plus ou moins précise ; la problématique de la réconciliation nationale, sa dynamique, sa signification et ses conditions de succès ou d'échec. Le peuple exige que soient réconciliées, en sa faveur, les deux tendances dont l'antagonisme risque d'aggraver et de prolonger sa misère.

La parole de Dieu nous inspire de voir en la réconciliation nationale, un changement d'état d'esprit et de comportement de la part des dirigeants responsables de la gestion dictatoriale et impatriotique de politique ainsi que de la part du peuple aliéné par cette gestion. Ce changement profond doit être couronné par la réparation intégrale, par ces dirigeants qui se repentent, des conséquences de leurs manquements, suivis de leur acceptation pratique et symbolique au sein du peuple unifié. La confiance dans le peuple, comme la croyance en Dieu, est le fondement de la réussite d'une telle réconciliation.

Il faut donc, au départ, avoir une confiance inébranlable à la nation. Cela permet l'admission sincère de la vérité sur les manquements qui ont provoqué l'insécurité dans le peuple, la rupture d'avec ses dirigeants et la misère. Les dirigeants en voie de reconversion ressentiront le douleur due à la reconnaissance de leur responsabilité dans ces manquements et se confesseront publiquement devant le peuple, de jurer de ne plus les répéter et d'assumer la responsabilité et la réparation complète de leurs conséquences. Revenir au peuple d'où l'on s'était détaché, c'est-à-dire rentrer au dialogue démocratique avec lui serait une indication de la confiance en celui-ci. Le conflit au sein de la classe politique opposant ceux qui sont au pouvoir à ceux qui veulent prendre le pouvoir, ne peut pas être résolu en dehors du peuple.

D'après cette analyse, le recours aux coups d'Etat, à l'exercice du pouvoir arbitraire basé sur la violence, la brutalité, l'autoritarisme et l'alliance avec les puissances extérieurs plutôt que le pouvoir basé sur le dialogue, la palabre, la concertation, le respect de la dignité humaine de chacun et de tous, constitue une trahison de la souveraineté du peuple. Ce comportement a conduit entre autres aux massacres, aux assassinats politiques, au vol systématique des biens publics, au viol de l'intégrité et de libertés individuelles et collectives. C'est cela qui constitue l'ensemble des manquements qui doivent être politiquement jugés et condamné par la conscience publique et dont les conséquences exigent réparation. L'introduction du pluralisme politique et la tenue de la Conférence Nationale Souveraine permettent à notre peuple de mieux s'organiser pour exiger plus de démocratie, etc., ils ne manifestent pas encore la volonté d'assumer toutes les exigences capables de faire réussir la réconciliation nationale. Celle-ci est conçue par eux comme simple processus d'accommodation des tendances au sein de la classe politique pour le partage de pouvoir. Plus que cela, les masses populaires demandent que la Conférence Nationale Souveraine s'organise comme un processus d'hygiène politique publique et donc d'épuration des mœurs répressives.

L'analyse de la résolution des contradictions a permis de voir que le traitement dictatorial des différences (d'ethnie, de région ; de religion ; de sexe, d'éducation, de génération, etc.) au sein du peuple a transformé celle-ci en contradictions parfois antagoniques.

Le chauvinisme tribal, par exemple, a profondément affecté les institutions et les services d'Etat comme l'armée dite nationale. Le traitement des contradictions au sein du peuple doit être différencié de celles qui s'opposent celui-ci aux forces extérieures. Il est vrai, cependant, que dans certaines circonstances, les deux types peuvent être résolus de la même manière – celle utilisée pour résoudre les contradictions au sein du peuple lesquelles se résolvent par le dialogue (libre ou organisé), la palabre communautaire ou l'auto questionnement radical des uns des autres alimenté par le principe du contradictoire, la confrontation des idées – éliminant celles qui sont fausses, politiquement erronées et qui divisent le peuple, l'acceptation des différences, etc.

Toute dictature est basée sur le secret et le manque de transparence sur tous les plan de la gestion du politique. C'est pourquoi, la palabre communautaire, par exemple exige la transparence et l'exposition de tout secret.

Ainsi, de désir de la réconciliation nationale viderait la reconnaissance et la résolution de la contradiction opposant d'une part les gens enracinés dans les appareils de l'Etat et alliés aux puissances étrangères qui organisent l'exploitation et la misère du peuple en faveur principalement de leurs intérêts et d'autre part aux gens enracinés, tant bien que mal, dans le peuple affamé qui lutte, d'une manière ou d'une autre, pour son indépendance réelle, sa libération et la justice sociale. Il viserait aussi la nécessité d'adoucir l'antagonisme de cette contradiction, en amenant, par la persuasion systématique ces dirigeants à accepter le principe de la transformation de la gestion politique.

L'analyse des classes nous renseigne que les hommes n'agissent souvent que par intérêts. La gestion arbitraire du politique du Zaïre a entraîné une aggravation de la divergence de ces intérêts ; ce qui beaucoup entamé l'unité politique du peuple sans laquelle le processus de développement et l'émancipation deviennent impossibles. La réconciliation nationale tendrait donc à la recherche d'un équilibre approprié des intérêts conformes à la gestion démocratique de la politique. Cet équilibre ne peut être trouvé que par concertation, dans l'humilité et le dialogue sincère, fondé sur la vérité historique. L'éclatement violent de l'antagonisme de classes n'amènerait pas nécessairement à un tel équilibre. La politique a une certaine autonomie et elle n'est pas une simple expression de l'économie.

L'examen historique de l'évolution de la forme globale de l'existence sociale, caractérisant le rapport de la société à son environnement – ce qu'on nomme la question nationale – nous a montrés qu'au Congo, cette forme a été un résultat d'une imposition étatique par la conquête coloniale et entretenue par les coups d'Etat et la dictature du Parti Unique. La résolution des sécessions et des rébellions, par exemple, n'a pas été un résultat d'une concertation démocratique.

La reconstruction nationale a souvent été conduite par le sommet dans l'ignorance parfois complète (ou l'utilisation opportuniste) des diversités culturelles, régionales, tribales, etc. La question nationale n'a pas été donc résolue avec satisfaction ; il existe des catégories sociales qui se sentent encore profondément lésées. Pour être durable, une forme globale de l'existence sociale ne doit pas être imposée par la force à partir du sommet ; elle doit se réaliser avec le concours de la base par la concertation et le dialogue.

On peut certainement affirmer, avec référence à notre histoire post – coloniale, que les tentatives de réconciliation nationale (Conférences de TANANA-RIVE, de COQUILATHVILLE, le Conclave de LOVANIUM, etc. ;) ont échoué à cause de la persistance du militarisme dans le processus de résolution de la question nationale et l'absence de la concertation au sein du peuple.

L'analyse, même très brève, des tendances dans les transformations capitalistes sur le plan mondial, a montré non seulement le persistance de l'ingérence extérieure dévastatrice dans nos affaires, mais aussi la subordination croissante de notre Etat, surtout en matières économiques vitales, aux centres internationaux de décision comme le F.M.I. et la Banque mondiale. Il en découle que la réconciliation nationale est importante pour renforcer la capacité politique du peuple dans la présente conjoncture et pour mener à bien le processus de son émancipation intégrale. Ce serait une manière de marquer une volonté de rupture avec le passé dictatorial et d'inaugurer une ère nouvelle. En plus d'être une série d'événements inauguraux, elle est un processus multidimensionnel. La résolution du protagonisme entre la « mouvance présidentielle » et les forces acquises au changement radical, bien que tactiquement cruciale, n'en est qu'une expression. La Conférence Nationale Souveraine, traversée entre autre par ce conflit, offre une occasion et chance énorme données au peuple d'organiser et de réussir cette réconciliation nationale.

Les leçons – positives ou négatives – tirées des expériences des autres Conférences Nationales Souveraines en Afrique (Congo, Bénin, Mali, Togo, etc.) confirment l'importance de cette question. Là où les conditions de réussite de la réconciliation nationale ont été plus ou moins réunies (Bénin, Congo, Mali) le processus démocratique, malgré les limites, se poursuit plus ou moins normalement. Toutefois, il faut rappeler que le changement d'attitude et de comportement de Chef de l'Etat, à cause de l'exercice de plus en plus solitaire du pouvoir, a été déterminant pour calmer la tension politique ou pour le exacerber. Certainement, si le Président MOBUTU changeait fondamentalement d'attitude et assumait la responsabilité de tous les manquements de sa gestion de la politique, la tension politique entretenue par les tendances opposées baisserait sinon disparaîtrait. Là où ce changement n'a pas eu lieu, le processus semble être bloqué.

Compte tenu de tout ce qui précède, nous pouvons formuler des propositions suivantes sur la réconciliation nationale :

  1. La réconciliation nationale est un effort de purification consistant pour le peuple et ses dirigeants à reconnaître individuellement et collectivement les fautes commises, à se pardonner sincèrement et s'engager de reconstruire la main dans la main l'avenir du pays ;
  2. C'est pour marquer consciemment la rupture, la discontinuité politique d'avec le passé dictatorial qu'il faut réussir la réconciliation nationale de façon irréversible, pratique et symbolique. Ce serait une occasion de renouveler le serment de fidélité au service du peuple, d'avoir confiance en lui, de tuer la peur politique et l'insécurité qui le divise profondément. L'enthousiasme politique qui en résulterait serait de grande importance pour la reconstruction nationale.
  3. La seule résolution de la contradiction entre les tendances opposées telles qu'elles sont organisées en partis politiques et en cartel – certes importante – ne suffit pas pour une véritable unité politique du peuple, l'objectif de la réconciliation nationale.
  4. Le déballage, en plus d'autres luttes dans le peuple, peut faire ressortir avec exactitude le tableau des contradictions en place. C'est pourquoi, il faut organiser un déballage sous forme de palabre communautaire africaine afin de ressortir clairement les responsabilités individuelles et collectives dans les manquements qui ont plongé notre pays dans la crise.
    Les principes suivants doivent orienter le déballage :
    • nul ne doit être au-dessus de la communauté palabrante : tout le monde a le même droit de parole ;
    • le principe du contradictoire ;
    • ne jamais rien faire pour inquiéter les autres ;
      il faut tout faire pour maintenir le devoir et la volonté de parler ;
    • ne dire que la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Nul n'a le droit de taire la vérité ;
    • le principe d'auto-questionnement mutuel collectif, etc.
    • les meneurs du déballage ne prennent pour parti pris que la ferme conviction de voir toute la vérité historique révélée.
  5. Pour cela, il faut que Monsieur MOBUTU SESE SEKO assume publiquement, dans l'humilité et avec courage, sa responsabilité pour tous les manquements et que les autres fassent autant.
  6. La réorganisation des forces armées pour éliminer les milices privées et la circulation incontrôlée des armes.
  7. Le retour au Congo des fonds placés dans les comptes à l'étranger.
  8. L'assainissement du climat politique national par l'élimination des structures politiques héritées du M.P.R., Parti – Etat.
  9. L'engagement de tous à exécuter impérativement et sans atermoiement les actes de la Conférence Nationale Souveraine.

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